Et c'est reparti.
Ballotées dans notre cylindre en plastique. Encore une fois.
Tu vas voir qu'on va encore être de service aujourd'hui. D'ailleurs je n'ai pas la moindre idée du jour qu'on est. Ni quel mois.
Avec les copines, on a fini par perdre le compte. On a aussi arrêté d'échanger. On se cantonne à être cognées l'une contre l'autre, contre l'autre, contre l'autre. A nous effleurer de nos poils jaunes color block.
On suit le mouvement, pas le choix.
Ha. On dirait qu'on ouvre le sac. Ouh ça éblouit ça ! Doucement mec ! On est des petites choses fragiles nous... Tu préfères qu'on y voit clair avant qu'on s'élance ou qu'on soit aveugles. T'imagines ? Paf dans la tête de Nelson ! Haha. J'adore me faire ce film. Je le reconnais, j'ai des pensées pécheresses parfois.
Oh mais attends voir. On n'est pas à l'entrainement là. Je ne reconnais pas le ciel, et je ne vois pas la haie habituelle. Des gradins, et encore des gradins.
Bon Dieu on est où cette fois...
Non... ne me dites pas qu'on y est ? C'est déjà la nouvelle édition ?!
Dire que l'année dernière j'ai attendu tout le tournoi qu'on vienne me chercher. En vain. J'avais été oubliée au fond d'un sac de sport avec les potes.
Mais on dirait que cette année, on va goûter l'air du Chatrier.
Ça y est, je commence à ventiler.
Je suis partagée entre l'excitation et la crainte. Qui va me toucher ? Me soupeser ? M'apprécier ou me recaler en me balançant sans état d'âme à un ramasseur de fond de court ?
Qui va me serrer fort en priant et en me communiquant toute sa force, sa détermination ? Et parfois sa rage ?
Avec qui vais-je faire équipe ?
Déjà les noms défilent dans ma caboche jaune poussin. Novak ? Rafa ? Gaël ? Lucas ? Kei ? Fabio ? Dominic ? John ?
Entre nous j'ai mes préférences.
Ce n'est pas très fair play mais ne soyons pas hypocrites, on a toutes notre chouchou.
Je me souviens ce 29 Janvier, en 2017. Quand on a gagné avec Roger. C'était moi. A l'époque je n'avais pas voulu en faire des caisses. Je démarrais dans le métier, la concurrence était rude. J'avais failli être recalée à la sélection à cause d'une blondinette à peine plus neuve que moi.
Finalement Blondie était restée au fond de la poche du short et il m'avait brandie. Déjà je le savais. C'était mon moment. Et c'était mon premier. On n'oublie jamais sa première fois.
Depuis j'ai pas mal voyagé. J'ai fait quelques entraînements. Mais globalement j'ai passé mon temps à ruminer ma victoire dans ma boîte. J'étouffais. J'ai encore tant de choses à donner.
Alors là imaginez un peu...
Je vais jouer à Roland Garros.
The tournoi.
J'ai toujours eu un faible pour les grands chelems. Enfin de ce que j'ai pu entendre, on a plus de chances de participer. Plus de joueurs, plus de munitions. On ne m'avait pas menti.
Nous y voilà.
Et visiblement je ne suis pas seule. Les gradins se sont remplis - ce n'est pas le célèbre court, je suis déçue. J'ai à peine eu le temps de vérifier mon apparence que déjà je suis happée par une main. Ni une ni deux, je suis propulsée. Je fends l'air parisien pour atterrir dans une main d'homme. Pas de doute. J'ai affaire à un mâle. Il me soupèse. Il me tâte. Je n'aime pas trop ce contact un peu vicieux. Et puis il ne me regarde pas. Il me juge et finit par se décider.
Je vais donc lancer ce 3ème tour.
Je ne sais toujours pas à qui je dois cette mise en lumière et déjà je m'envole, je flirte avec le zénith et me prends un prodigieux coup de cordes tendues. Le son est mat et je frôle la perte de conscience. J'atterris en face et juste avant d'être renvoyée, j'entre-aperçois le grand malade qui m'a bousculé. J'en étais sûre. Il n'y a qu'un espagnol pour donner le ton de la sorte. Fernando mon ami, il va falloir te détendre.
Je m'accroche et tiens le cap malgré tout. A tel point que je vais revenir souvent pendant ce match. Je ne le clôture pas mais j'en suis bien aise. Les boulets de canon : très peu pour moi !
Fernando remporte cette rencontre, mais je ne le félicite pas.
De toutes façons je suis déjà ramassée et rangée dans une boîte, une nouvelle. Je ne connais pas mes voisines. Elles ont l'air aussi hébété que moi. Pourvu qu'on nous laisse nous reposer avant de nous ressortir.
Et pitié, donnez-nous un joueur délicat.
Je sais bien que mon Roger n'est pas là. Mais il reste quelques gentlemen, j'en suis sûre.
La nuit revient sur ma fourrure et me permet de débrieffer. Je n'étais pas mal mais il faut absolument que je perde cette tendance au faux rebond. C'est plus fort que moi, je suis taquine. Mais je vais finir dans le filet un jour. Et ça, on le sait toutes, le filet c'est la retraite assurée.
Le temps ne passe pas. Je trépigne. Je suis à deux doigts de m'éjecter. Décidément mes collègues manquent de conversation. J'ai envie de rouler quelque part pour voir ce qu'il se passe en coulisses.
Ha ben je crois que j'ai été entendue ! Nous revoilà soulevées de terre.
J'entends une clameur inattendue. On nous pose sur une chaise et on nous libère. Suzanne-Lenglen, nous voilà !
Je suis toujours dans le sac mais j'entends que le match a commencé. Ça sonne pas mal, un peu hésitant. Ça râle pas mal aussi. Tiens ça râle en français. Remarquez, je n'en attends pas moins d'eux.
Je m'endors un peu, pis j'ai froid. Le temps se gâte et les premières gouttes tombent. A tous les coups je vais finir aux vestiaires sans avoir foulé la terre battue. Ça m'évitera de me salir. Je préfère rester impeccable, histoire d'être toujours prête.
Ha ben tiens, qu'est-ce que je disais : il pleut, match interrompu. De ce que je comprends, ça tombe plutôt bien. Le français a une sale mine, on dirait bien... ha mais oui. Il vomit. Pauvre chaton. Jouer dans cet état...
Bon ben on verra bien demain s'il est sur pied.
Quoi déjà ? Ha mais je faisais un rêve génial avec... oui bon ok ok doucement ! Ha oui carrément je n'ai même pas le temps de me repeigner que tu m'entraînes sur le court. Vas-y fais voir ta frimousse qu'on rigole.
Bon. Ça n'a pas l'air mieux mon Gaël... Tu as les mains moites. Si on pouvait faire ça vite ça m'arrangerait. Allez écoute, on fait ce qu'on peut d'accord ? Une balle après l'autre. Toi et moi. Un bon petit ace et on n'en parle plus.
Bon ok. Un premier service raté ça marche aussi.
Je suis encore là. Dans ta main.
Je sens que tu vas tergiverser toi... Voilà un truc qui m'exaspère. Tu réfléchis mais tu le fais mal. Tu me regardes sans me voir. Tu penses que me faire rebondir va faire basculer la tendance. Tu uses juste mes nerfs, mec. Lâche-toi.
Allez. On se lance. Je te jure que - cette fois - je le passe le filet.
Et je le passe.
Mais en face, le belge ne manque pas de répartie.
Ça se bagarre gentiment, même un moment j'y ai cru. Pas longtemps. Mais assez pour vibrer.
Puis tu m'as renvoyé au ramasseur, drôlement gentil ce petit gars. Il m'a gardé précieusement dans sa mimine avant de me ranger délicatement dans ma nouvelle maison. Je l'aime bien lui.
Bon enfin moi qui rêvais de faire mes premiers pas sur le Chatrier dans les mains du fabuleux Nadal...
Je sais bien que je devrais m'estimer heureuse. Faire Roland Garros, c'est un rêve inaccessible pour quasiment toutes les collègues. Même une fois qu'on nous a tatoué pour l'occasion, qu'on arbore fièrement nos nouvelles initiales, on n'est pas assuré de faire mouche. Encore moins smash.
Je tourne en rond. Je fais mes estimations. Peut être que demain je serai dans des mains manucurées. Je n'ai pas l'habitude de jouer entre femmes. Etonnamment j'ai toujours préféré la compagnie des hommes.
Revoilà les cris et les olas. Je sens qu'on est attendu. Inexplicablement je sens monter en moi une certaine appréhension. La fermeture éclair s'ouvre, je suis éblouie par le soleil. Dans l'intervalle je vois Fernando et je découvre que je connais plein de prières. Alors je les psalmodie avec toute la ferveur du condamné à mort. Mais mon heure n'a pas encore sonné apparemment car je suis soigneusement triée et élue.
J'atterris dans un short. Je ne sais pas chez qui mais je suis bien. Et j'y reste un moment. Apparemment le public aime mon actuel propriétaire. Du coup moi aussi. Je patiente, bercée par ces aller-retours incessants. Il a de grandes jambes celui-là et il sait s'en servir.
Je suis presque émoustillée.
C'est gênant, ce n'est pas le moment.
Allez allez on reste concentrée.
Si mes calculs sont bons, on est en 8ème de finale, ce n'est pas le moment de faire son français (pardon pour eux).
Finalement il me prend. Il est ferme mais ne manque pas de douceur. Je sens qu'il va savoir me parler. On ne m'a jamais envoyé en l'air avec autant de doigté. J'exulte au moment où sa raquette m'envoie titiller l'espagnol. Ça va me donner le recul nécessaire pour... mais c'est Novak !
Je joue avec le serbe !
Je pourrai mourir je crois.
J'étais sûre qu'il me plairait. Je vais m'appliquer tu vas voir, Novak. Tu vas être fière de moi, tu ne pourras plus te passer de moi. Laisse-moi juste te faire gagner et à nous deux le saladier !
(et on a gagné)
Booster
Killer Queen
Et d’un coup, ils se sont mis au garde à vous. Soldats fiables, qui ne tremblent pas quand il faut se dresser. Je les ai senti les u...
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mardi 5 juin 2018
jeudi 29 septembre 2016
Une histoire de perspective.
Hier soir, alors que je rentrais avec l'allure désespérée de l'antilope poursuivie par le tigre surpris pendant son apéro au point d'eau, mon chemin croisa celui d'une vieille dame.
Jusque là, rien d'anormal.
Le 4ème (voire 5ème âge) peuple la capitale et mon village bourgeois.
Mais à l'approche de ce specimen grisonnant, je prends conscience de sa position somme toute pas du tout orthodoxe : elle était pliée en deux. Littéralement. Elle formait un angle droit parfait avec le trottoir.
Soutenue par un bidule à roulettes qui tenait davantage du tancarville que de la poussette, je la voyais se débattre avec les aspérités du bitume.
En ralentissant mon allure, plusieurs questions s'imposèrent.
Déjà : que fait une dame aussi âgée à courir les rues à 19h30 ? La nuit va tomber et je ne donne pas chère de sa personne. Elle vacille dangereusement.
Pourquoi n'y a-t-il aucune aide à domicile pour la décharger de cette corvée ?
Les médias nous rabâchent à longueur d'année que le taux de chômage ne cesse d'augmenter et que les revenus - eux - ne cessent de diminuer, mais n'y aurait-il pas intérêt à se trouver une vocation dans la gériatrie ? Et faire d'une pierre deux coups (non, on ne tue pas les séniors avec un caillou), donner un emploi à un chômeur longue durée et apporter confort et compagnie à une mamie ?
Je m'interrogeais donc tout en approchant du phénomène courbé.
Ma myopie m'avait caché jusque là qu'elle était en train d'éviter une zone pierreuse de ce trottoir en travaux (à dire plusieurs fois à haute voix très vite) et tentait donc la marche arrière.
Clairement, elle a contribué à alimenter la légende urbaine sur les compétences de conductrice de la Femme.
Mais elle était là, toute petite, toute pliée, à se débattre vaillamment avec son engin à roulettes qui ne roulent pas (une fois à cette distance, à part mettre de l'huile ou changer le machin, je ne vois pas), pour éviter la zone à risques et poursuivre son chemin jusqu'au Franprix qui - pour l'antilope que je suis - se trouve à deux enjambées (gracieuses).
Pourquoi ne lui ai-je pas porté secours me direz-vous ?
Et vous aurez raison.
La gêne. Je ne vois que ça. La gêne d'interrompre ce défi qu'elle relevait de la vie. Car toute arquée et bossue qu'elle était, cette dame n'abandonnait pas. Elle avait la ferme intention de faire ses courses à l'heure de la fermeture, pendant que de jeunes actifs stressés remplissaient leur frigo pour le soir : elle ferait ses courses quitte à ralentir la dernière caisse ouverte, caissière qui attend l'heure de la fermeture en fixant la pendule comme tout employée qui a manqué de s'engager dans la fonction publique.
J'ai donc fait un écart pour ne pas bousculer l'objet de ma curiosité.
Et tandis que je reprenais ma course effrénée vers ma réconfortante mini-maison, je continuais à penser à cette grand-mère.
Imaginons qu'elle soit parvenue à effectuer sa marche arrière pour reprendre sa route et qu'elle a atteint le supermarché dans les temps - imaginons j'ai dit - une fois sur place, comment ça se passe ?
Elle n'achète que des objets situés en bas des rayons ?
A-t-elle seulement connaissance qu'il existe tout un monde au-dessus de ses épaules endolories par sa vie déjà longue ?
Qu'est-ce qu'on mange quand on ne peut que se baisser ?
J'étais sincèrement perplexe. Et inquiète.
Et honteuse aussi. Si j'avais pris quelques minutes, pour l'aider, pour lui acheter les produits en haut de gondoles, qui sait : je lui aurais peut être donné un peu de bonheur pour effacer toute la méfiance qui peignait ses rides ?
Car tout est là, aujourd'hui on a peur de l'autre. Grand, bruyant ou courbé. Celui qui marche vite ou celui qui prend possession du trottoir sans se soucier de son prochain. Enfin de son prochain qui le suit. De son suivant donc. Mais qui ne le sert pas entendons-nous bien. Enfin bref.
On se méfie, on évite, on détourne les yeux, on avance, on accélère même et vite, vite, on pense à autre chose.
Car pendant que je vous parle de notre têtue de bossue, je ne vous parle pas de la famille de réfugiés croisée à la sortie du métro. Ni de cet homme très grand et imposant en train de manger à même la poubelle de ce fameux supermarché. Ni encore de cet autre homme et de son chien qui font la manche les bras nus.
Parce que pour eux, je ne veux pas avoir de mots pour justifier. Je veux faire mieux. Je trouverai.
Jusque là, rien d'anormal.
Le 4ème (voire 5ème âge) peuple la capitale et mon village bourgeois.
Mais à l'approche de ce specimen grisonnant, je prends conscience de sa position somme toute pas du tout orthodoxe : elle était pliée en deux. Littéralement. Elle formait un angle droit parfait avec le trottoir.
Soutenue par un bidule à roulettes qui tenait davantage du tancarville que de la poussette, je la voyais se débattre avec les aspérités du bitume.
En ralentissant mon allure, plusieurs questions s'imposèrent.
Déjà : que fait une dame aussi âgée à courir les rues à 19h30 ? La nuit va tomber et je ne donne pas chère de sa personne. Elle vacille dangereusement.
Pourquoi n'y a-t-il aucune aide à domicile pour la décharger de cette corvée ?
Les médias nous rabâchent à longueur d'année que le taux de chômage ne cesse d'augmenter et que les revenus - eux - ne cessent de diminuer, mais n'y aurait-il pas intérêt à se trouver une vocation dans la gériatrie ? Et faire d'une pierre deux coups (non, on ne tue pas les séniors avec un caillou), donner un emploi à un chômeur longue durée et apporter confort et compagnie à une mamie ?
Je m'interrogeais donc tout en approchant du phénomène courbé.
Ma myopie m'avait caché jusque là qu'elle était en train d'éviter une zone pierreuse de ce trottoir en travaux (à dire plusieurs fois à haute voix très vite) et tentait donc la marche arrière.
Clairement, elle a contribué à alimenter la légende urbaine sur les compétences de conductrice de la Femme.
Mais elle était là, toute petite, toute pliée, à se débattre vaillamment avec son engin à roulettes qui ne roulent pas (une fois à cette distance, à part mettre de l'huile ou changer le machin, je ne vois pas), pour éviter la zone à risques et poursuivre son chemin jusqu'au Franprix qui - pour l'antilope que je suis - se trouve à deux enjambées (gracieuses).
Pourquoi ne lui ai-je pas porté secours me direz-vous ?
Et vous aurez raison.
La gêne. Je ne vois que ça. La gêne d'interrompre ce défi qu'elle relevait de la vie. Car toute arquée et bossue qu'elle était, cette dame n'abandonnait pas. Elle avait la ferme intention de faire ses courses à l'heure de la fermeture, pendant que de jeunes actifs stressés remplissaient leur frigo pour le soir : elle ferait ses courses quitte à ralentir la dernière caisse ouverte, caissière qui attend l'heure de la fermeture en fixant la pendule comme tout employée qui a manqué de s'engager dans la fonction publique.
J'ai donc fait un écart pour ne pas bousculer l'objet de ma curiosité.
Et tandis que je reprenais ma course effrénée vers ma réconfortante mini-maison, je continuais à penser à cette grand-mère.
Imaginons qu'elle soit parvenue à effectuer sa marche arrière pour reprendre sa route et qu'elle a atteint le supermarché dans les temps - imaginons j'ai dit - une fois sur place, comment ça se passe ?
Elle n'achète que des objets situés en bas des rayons ?
A-t-elle seulement connaissance qu'il existe tout un monde au-dessus de ses épaules endolories par sa vie déjà longue ?
Qu'est-ce qu'on mange quand on ne peut que se baisser ?
J'étais sincèrement perplexe. Et inquiète.
Et honteuse aussi. Si j'avais pris quelques minutes, pour l'aider, pour lui acheter les produits en haut de gondoles, qui sait : je lui aurais peut être donné un peu de bonheur pour effacer toute la méfiance qui peignait ses rides ?
Car tout est là, aujourd'hui on a peur de l'autre. Grand, bruyant ou courbé. Celui qui marche vite ou celui qui prend possession du trottoir sans se soucier de son prochain. Enfin de son prochain qui le suit. De son suivant donc. Mais qui ne le sert pas entendons-nous bien. Enfin bref.
On se méfie, on évite, on détourne les yeux, on avance, on accélère même et vite, vite, on pense à autre chose.
Car pendant que je vous parle de notre têtue de bossue, je ne vous parle pas de la famille de réfugiés croisée à la sortie du métro. Ni de cet homme très grand et imposant en train de manger à même la poubelle de ce fameux supermarché. Ni encore de cet autre homme et de son chien qui font la manche les bras nus.
Parce que pour eux, je ne veux pas avoir de mots pour justifier. Je veux faire mieux. Je trouverai.
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mercredi 17 juin 2015
Un Français
L'important ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage.
Et pourtant ils tombent ces français, bien bas.
Marco comme ses copains n'échappent pas à cette gravité.
Mais dès les premiers minutes du film c'est dans son regard paniqué qu'on comprend qu'il voit comment il va se ramasser. Et il a l'intuition qu'il va se faire mal. Il a raison. Il va morfler.
Marco comme ses copains n'échappent pas à cette gravité.
Mais dès les premiers minutes du film c'est dans son regard paniqué qu'on comprend qu'il voit comment il va se ramasser. Et il a l'intuition qu'il va se faire mal. Il a raison. Il va morfler.
Spectatrice impuissante, je l'ai regardé tomber dans ce vide intersidéral qu'est la connerie humaine. Ce long gouffre jalonné de violences, de vérités assenées avec la conviction que seuls ont les gens perdus. Aucune sortie de secours d'indiquées et les hôtesses planent sans décoller.
La peur se cache derrière des certitudes longuement façonnées et assimilées. La peur de l'autre parce que c'est moins ridicule que la peur de soi. La peur qui se mue en violence des mots, en violence physique. Ces coups, ces poings, ces lames qui brillent à la lueur des réverbères. Cette nuit sans fin. Cet ennui malsain.
La peur se cache derrière des certitudes longuement façonnées et assimilées. La peur de l'autre parce que c'est moins ridicule que la peur de soi. La peur qui se mue en violence des mots, en violence physique. Ces coups, ces poings, ces lames qui brillent à la lueur des réverbères. Cette nuit sans fin. Cet ennui malsain.
Mais on ne basculera pas dans le glauque. On le côtoie mais on ne s'abaisse pas à dénoncer l'innommable. L'innommable se dénonce tout seul. Il suffit de le regarder s'acharner. Il suffit de l'entendre se dédouaner en justifiant l'injustifiable. Il suffit de l'écouter mentir, éluder. Loup enragé, malade. Il est dangereux. Il aboie de plus en plus fort, il veut son os pour faire ses crocs. On l'entend de suffisamment loin pour faire la sourde oreille. Ne lui donner aucun crédit, jamais.
Par un habile jeu de cadrage, on accompagne Marco, posé sur son épaule, face à lui, derrière lui, on lui tourne autour, on ne peut que l'observer et mesurer les changements qui s'opèrent. Il cogne, il jure, il lutte. Mais ses yeux trahissent son âme. Il n'est pas complètement perdu. Il n'est pas encore au bout de sa chute. Il suit un mouvement en faisant rouler ses épaules musculeuses sûrement rompues au Klaus (hum) combat.
Et quand seul, il se retrouve face à lui même et face à ses actes passés, il prend en pleine face ses erreurs, ses errements. Et il a la peur de sa vie. Et moi je pleure avec lui.
Le coeur qui s'emballe, le corps qui ne sait plus. Respirer ? Comment ? Se calmer ? Pourquoi ? Se réveiller, enfin. Aucune excuse. La vie ne fait de cadeau à personne, on se doit de l'intégrer. Et même si la vue de ce père incontinent et ivre m'a bouleversé, je ne crois pas qu'un être humain peut se cacher derrière un autre.
Il a sa dose le paternel, il n'a pas besoin de ça en prime.
Et quand seul, il se retrouve face à lui même et face à ses actes passés, il prend en pleine face ses erreurs, ses errements. Et il a la peur de sa vie. Et moi je pleure avec lui.
Le coeur qui s'emballe, le corps qui ne sait plus. Respirer ? Comment ? Se calmer ? Pourquoi ? Se réveiller, enfin. Aucune excuse. La vie ne fait de cadeau à personne, on se doit de l'intégrer. Et même si la vue de ce père incontinent et ivre m'a bouleversé, je ne crois pas qu'un être humain peut se cacher derrière un autre.
Il a sa dose le paternel, il n'a pas besoin de ça en prime.
J'ai senti mon coeur se serrer, tellement de fois. J'ai oublié de respirer. Fascinée et impatiente. J'ai vibré d'horreur au début, puis de compassion, de pardon, de fierté enfin. Quel soulagement...
La route est longue avant d'atterrir. Les vents violents et ce foutu parachute qui ne s'ouvre jamais assez vite. Lassé de sa compagnie (ce jeu de mots en rapport avec une série diffusée par France Télévision n'est pas du tout là par hasard) de guignols fascistes, il prend la tangente. Nous emmène au soleil. Oui il fuit. Et alors ? On parle de dignité là, pas d'obstination. On parle de respect et d'amour. Pas d'exclusion.
La route est longue avant d'atterrir. Les vents violents et ce foutu parachute qui ne s'ouvre jamais assez vite. Lassé de sa compagnie (ce jeu de mots en rapport avec une série diffusée par France Télévision n'est pas du tout là par hasard) de guignols fascistes, il prend la tangente. Nous emmène au soleil. Oui il fuit. Et alors ? On parle de dignité là, pas d'obstination. On parle de respect et d'amour. Pas d'exclusion.
Nous n'avons pas tous flirté avec ce côté obscur, mais nous pouvons tous changer de route. Enfin je vous le souhaite. C'est tout l'intérêt du libre arbitre.
Marco se prend en main. (au figuré hein, même si effectivement en début de film il le fera au sens propre et ça reste pour moi le moment le plus gênant en terme de violation d'intimité. J'en rougis encore. Comme ces soirs, devant le film du Dimanche soir avec les parents sur le canapé familial, où je baissais les yeux, honteuse de voir cette scène de sexe à leurs côtés.)
Marco assume et il avance. Il ne prendra plus part aux horreurs. Il voit ses amis, encore, se débattre et commettre le pire. Actes désespérés de gens qui sont tombés si bas, qu'ils ont commencé à creuser. Les mains pleines de sang. La bouche pleine d'insanités.
Il ne fait aucun procès, il choisit pour lui. Il part. Se reconstruit. Les cheveux plus longs, la barbe bien taillée, il faudrait le déshabiller pour voir les stigmates se cette ancienne vie (prem's ! Je suis volontaire !) On lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais il n'en voudrait pas. Honnête ce français. Et il file droit.
Il ne fait aucun procès, il choisit pour lui. Il part. Se reconstruit. Les cheveux plus longs, la barbe bien taillée, il faudrait le déshabiller pour voir les stigmates se cette ancienne vie (prem's ! Je suis volontaire !) On lui donnerait le bon dieu sans confession. Mais il n'en voudrait pas. Honnête ce français. Et il file droit.
Alors oui ok, je vous ai presque tout dit. Mais pourtant vous n'avez rien vu. Allez y. Changez vos plans pour une fois, pour un soir. Foncez. Parisiens, vous êtes vernis, Un Français est projeté largement. Les autres... une fois de plus vous voilà lésés, oubliés. Mais une grande ville intelligente (il en reste plein) le diffuse sûrement et justement, vous n'êtes pas partis en week-end depuis un moment !
Allez-y. Diastème mérite de voir son film à l'affiche de longues semaines. Ce film magistral est nécessaire. Vous avez besoin de le voir.
Mais vous verrez, j'ai raison. Je sais... c'est agaçant à force.
Allez vibrer. Votre coeur a besoin d'émotion, votre cerveau a besoin de cette gifle pour se remettre les idées en place.
Vous avez besoin d'espoir et Marco vous en donnera. Vous ne l'aimerez pas tout à fait comme moi, d'ailleurs, j'aimerais autant pas mais vous serez bluffés par cet immense acteur qu'est Alban Lenoir.
Vous avez besoin d'espoir et Marco vous en donnera. Vous ne l'aimerez pas tout à fait comme moi, d'ailleurs, j'aimerais autant pas mais vous serez bluffés par cet immense acteur qu'est Alban Lenoir.
Un Français a besoin de vous. Si j'osais je dirais même que la France a besoin d'Un Français.
Moi je l'ai vu deux fois, et ça ne suffit pas. J'y retournerai jusqu'à plus soif.
Pis je ne vous demande pas l'impossible, je vous propose d'aller voir un grand film au cinéma. Ça vous changera. Alors pas d'excuse !
Et on ne lâche rien. Merci.
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