Hier soir, alors que je rentrais avec l'allure désespérée de l'antilope poursuivie par le tigre surpris pendant son apéro au point d'eau, mon chemin croisa celui d'une vieille dame.
Jusque là, rien d'anormal.
Le 4ème (voire 5ème âge) peuple la capitale et mon village bourgeois.
Mais à l'approche de ce specimen grisonnant, je prends conscience de sa position somme toute pas du tout orthodoxe : elle était pliée en deux. Littéralement. Elle formait un angle droit parfait avec le trottoir.
Soutenue par un bidule à roulettes qui tenait davantage du tancarville que de la poussette, je la voyais se débattre avec les aspérités du bitume.
En ralentissant mon allure, plusieurs questions s'imposèrent.
Déjà : que fait une dame aussi âgée à courir les rues à 19h30 ? La nuit va tomber et je ne donne pas chère de sa personne. Elle vacille dangereusement.
Pourquoi n'y a-t-il aucune aide à domicile pour la décharger de cette corvée ?
Les médias nous rabâchent à longueur d'année que le taux de chômage ne cesse d'augmenter et que les revenus - eux - ne cessent de diminuer, mais n'y aurait-il pas intérêt à se trouver une vocation dans la gériatrie ? Et faire d'une pierre deux coups (non, on ne tue pas les séniors avec un caillou), donner un emploi à un chômeur longue durée et apporter confort et compagnie à une mamie ?
Je m'interrogeais donc tout en approchant du phénomène courbé.
Ma myopie m'avait caché jusque là qu'elle était en train d'éviter une zone pierreuse de ce trottoir en travaux (à dire plusieurs fois à haute voix très vite) et tentait donc la marche arrière.
Clairement, elle a contribué à alimenter la légende urbaine sur les compétences de conductrice de la Femme.
Mais elle était là, toute petite, toute pliée, à se débattre vaillamment avec son engin à roulettes qui ne roulent pas (une fois à cette distance, à part mettre de l'huile ou changer le machin, je ne vois pas), pour éviter la zone à risques et poursuivre son chemin jusqu'au Franprix qui - pour l'antilope que je suis - se trouve à deux enjambées (gracieuses).
Pourquoi ne lui ai-je pas porté secours me direz-vous ?
Et vous aurez raison.
La gêne. Je ne vois que ça. La gêne d'interrompre ce défi qu'elle relevait de la vie. Car toute arquée et bossue qu'elle était, cette dame n'abandonnait pas. Elle avait la ferme intention de faire ses courses à l'heure de la fermeture, pendant que de jeunes actifs stressés remplissaient leur frigo pour le soir : elle ferait ses courses quitte à ralentir la dernière caisse ouverte, caissière qui attend l'heure de la fermeture en fixant la pendule comme tout employée qui a manqué de s'engager dans la fonction publique.
J'ai donc fait un écart pour ne pas bousculer l'objet de ma curiosité.
Et tandis que je reprenais ma course effrénée vers ma réconfortante mini-maison, je continuais à penser à cette grand-mère.
Imaginons qu'elle soit parvenue à effectuer sa marche arrière pour reprendre sa route et qu'elle a atteint le supermarché dans les temps - imaginons j'ai dit - une fois sur place, comment ça se passe ?
Elle n'achète que des objets situés en bas des rayons ?
A-t-elle seulement connaissance qu'il existe tout un monde au-dessus de ses épaules endolories par sa vie déjà longue ?
Qu'est-ce qu'on mange quand on ne peut que se baisser ?
J'étais sincèrement perplexe. Et inquiète.
Et honteuse aussi. Si j'avais pris quelques minutes, pour l'aider, pour lui acheter les produits en haut de gondoles, qui sait : je lui aurais peut être donné un peu de bonheur pour effacer toute la méfiance qui peignait ses rides ?
Car tout est là, aujourd'hui on a peur de l'autre. Grand, bruyant ou courbé. Celui qui marche vite ou celui qui prend possession du trottoir sans se soucier de son prochain. Enfin de son prochain qui le suit. De son suivant donc. Mais qui ne le sert pas entendons-nous bien. Enfin bref.
On se méfie, on évite, on détourne les yeux, on avance, on accélère même et vite, vite, on pense à autre chose.
Car pendant que je vous parle de notre têtue de bossue, je ne vous parle pas de la famille de réfugiés croisée à la sortie du métro. Ni de cet homme très grand et imposant en train de manger à même la poubelle de ce fameux supermarché. Ni encore de cet autre homme et de son chien qui font la manche les bras nus.
Parce que pour eux, je ne veux pas avoir de mots pour justifier. Je veux faire mieux. Je trouverai.
Booster
Killer Queen
Et d’un coup, ils se sont mis au garde à vous. Soldats fiables, qui ne tremblent pas quand il faut se dresser. Je les ai senti les u...
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jeudi 29 septembre 2016
Une histoire de perspective.
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Pays/territoire :
Nation, 75011 Paris, France
lundi 9 septembre 2013
Orange is the New Black, une Desperate Housewife chez Prison Break
Vous retrouvez cette chronique sur le merveilleux blog de AnotherWhisky
C’est seulement après quelques épisodes que je réalise que j’ai moi aussi des barreaux à mes fenêtres. D’un coup d’œil rapide, je vérifie ma tenue. Pas de orange, mais du noir. Je suis à moitié sauvée. Car Orange is the new Black. Vous aussi vous l’apprendrez en découvrant cette nouvelle série.
Je pensais regarder une comédie dans le monde carcéral, curieuse, intriguée, sceptique. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un drame mais juste une fenêtre ouverte sur un monde qu’on préfère ignorer. Mais aussi propres sur nous que nous soyons, on se prend au jeu. C’est toujours grisant et on aime bien se faire croire qu’on a toutes un petit côté bad girl.
Ici nous faisons la connaissance de Piper. Blondinette fiancée à un cousin éloigné d’Adam Sandler, Piper a tout pour être heureuse. Une belle bague, un gentil futur mari, une belle maison, une peau parfaite et pour cause, elle prend soin d’elle avec des produits bios qu’elle commercialise avec son amie Polly. Bref. La vie est belle.
Sauf que Piper n’a pas toujours été parfaite et c’est vainement qu’elle a essayé d’oublier ses erreurs de jeunesse.
Sauf que Piper n’a pas toujours été parfaite et c’est vainement qu’elle a essayé d’oublier ses erreurs de jeunesse.
Quand l’erreur a le visage (et la voix) (et le corps) de Donna, la petite amie d’Eric Forman dans That´s 70 Show aka Laura Prepon, je vous avoue que je me demande un peu pourquoi Piper est partie.
Peut être parce que son amante magouillait un brin avec un cartel de drogue international.
Et qu’une de leurs lunes de miel a mal tourné.
Peut être parce que son amante magouillait un brin avec un cartel de drogue international.
Et qu’une de leurs lunes de miel a mal tourné.
Sauf que voilà. Dix ans se sont écoulés, Piper a refait sa vie, a décidé qu’elle serait hétéro pour le meilleur et pour le pire. Mais la justice américaine la retrouve après tout ce temps et Piper doit purger une peine de 15 mois à la prison fédérale pour avoir transporté une valise bourrée de billets verts. De l’argent de la drogue. De l’argent sale. Piper est dans de beaux draps.
Alors elle en profite car son prochain lit sera moins douillet.
Orange is the new black. Un peu comme Prison Break mais au pays des femmes. C’est tout aussi tendre, ça manque juste de tatouages de plans et de Wentworth. Mais sinon c’est la même. Les nouvelles sont bizutées, gare à pas gaffer. Ce que ne manquera pas de faire Blondie. Mais c’est de nos erreurs que nous apprenons et croyez-moi Piper apprend vite.
L’occasion de faire un tour d’horizon de ses nouvelles colocataires. Tout le monde est là : la lesbienne grande gueule, le vieux loup de mer russe qui fait régner la terreur (mais en creusant un peu on trouve un être humain), les latinos jalouses, un transsexuel coiffeur de son état a qui on retire ses hormones, une folle furieuse qui s’entiche de notre fragile débutante, et bien sur Laura. Ici Alex. Brune. Mais aargh. La même.
Quelques hommes viennent parfaire le décor. Libidineux, clichés pour la majorité, et une jeune recrue qui devrait connaître quelques déboires à s’amouracher des détenues.
C’est stressant mais pas trop, on s’attache rapidement à Piper. Elle n’est pas si jolie, elle a un bon fond. Tout bien réfléchi, si on m’avait un jour emmener à Bali, j’aurais très bien pu accepter de transporter cette valise moi aussi. Ça pourrait très bien être moi.
On ne la ramène pas trop. On a un peu mal au ventre. On aimerait bien partager notre chocolat 86% avec Piper qui est punie de cantine. Mais comme on ne peut pas, on reprend un thé corsé et on espère que ça va s’arranger. Pour elle mais aussi pour ses copines d’infortune. Chaque épisode nous donne l’occasion de faire connaissance avec chacune et de comprendre comment elles ont pu atterrir là. Apparemment assez bêtement. Ça fait réfléchir.
D’ailleurs on continue de les appeler par leur prénom par compassion parce qu’à la prison, tu laisses ton smartphone à l’entrée et ton prénom aussi. Quand tu rentres, tu t’appelles par ton nom de famille. Ça fait quand même plus viril. On n’est pas des chochottes.
On ne la ramène pas trop. On a un peu mal au ventre. On aimerait bien partager notre chocolat 86% avec Piper qui est punie de cantine. Mais comme on ne peut pas, on reprend un thé corsé et on espère que ça va s’arranger. Pour elle mais aussi pour ses copines d’infortune. Chaque épisode nous donne l’occasion de faire connaissance avec chacune et de comprendre comment elles ont pu atterrir là. Apparemment assez bêtement. Ça fait réfléchir.
D’ailleurs on continue de les appeler par leur prénom par compassion parce qu’à la prison, tu laisses ton smartphone à l’entrée et ton prénom aussi. Quand tu rentres, tu t’appelles par ton nom de famille. Ça fait quand même plus viril. On n’est pas des chochottes.
C’est décidé, je n’irai pas à Bali. Tant pis.
Je me demande si à Noël on leur apporte des oranges…
Je me demande si à Noël on leur apporte des oranges…
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